Concept archéologique décrivant l'ensemble des étapes, du choix de la matière première à l'abandon de l'outil, par lesquelles passe un objet fabriqué. Reconstituer la chaîne opératoire éclaire les gestes et les savoir-faire des tailleurs.
Chaîne opératoire
La notion de chaîne opératoire a été formalisée en France au milieu du XXᵉ siècle, en particulier par André Leroi-Gourhan, qui s’inspirait des travaux de l’ethnologie sur les techniques. L’idée est simple : un outil n’est pas un objet isolé, mais l’aboutissement d’une suite de décisions et de gestes, qui commence bien avant la taille et se poursuit bien après.
Pour un outil de silex, la chaîne comprend la recherche et le transport du bloc, sa mise en forme, le débitage des éclats ou des lames, la transformation de certains d’entre eux en outils, leur usage, leurs réaffûtages successifs, puis leur abandon. Chaque étape laisse des déchets caractéristiques. En les étudiant, le préhistorien peut dire si le bloc a été taillé sur place, si des outils ont été emportés ailleurs, ou quel niveau d’habileté avait le tailleur.
L’outil le plus spectaculaire de cette approche est le remontage : on recolle, comme un puzzle en trois dimensions, les éclats issus d’un même bloc. Sur des campements magdaléniens comme Pincevent, ces remontages ont permis de suivre des déplacements d’un foyer à l’autre et même de distinguer des tailleurs expérimentés et des apprentis. Le concept ne se limite pas à la pierre : il s’applique à la céramique, au métal, au travail de l’os ou des peaux. Il a fait passer l’archéologie d’un simple classement des objets à une véritable reconstitution des savoir-faire. Le dossier De l’Oldowayen au Levallois en donne des exemples concrets.