Cadre chronologique et définition

Les australopithèques règnent sur la lignée humaine pendant plus de deux millions d'années, entre environ 4,2 et 2 millions d'années. Leur nom, qui signifie « singe du Sud », rappelle la découverte fondatrice faite en Afrique australe dans les années 1920. Ce sont des hominines pleinement bipèdes au sol, mais dotés d'un cerveau encore proche de celui des grands singes.

Le genre Australopithecus occupe une place centrale dans notre histoire : c'est en son sein, ou tout près, que se trouve l'ancêtre du genre Homo. Ni tout à fait singes, ni encore humains, ces êtres offrent le portrait le plus vivant de ce que fut une étape intermédiaire de l'évolution.

Australopithecus anamensis
Australopithecus anamensis Dale Omori, CC0, via Wikimedia Commons

Contexte climatique et environnemental

Le climat africain poursuit son refroidissement et son assèchement. Les savanes arborées gagnent du terrain sur les forêts, sans les remplacer entièrement. Les australopithèques évoluent dans ces paysages contrastés, faits de rivières bordées d'arbres, de prairies ouvertes et de reliefs volcaniques, notamment le long de la vallée du Grand Rift, en Afrique de l'Est.

Ces environnements mosaïques offraient des ressources variées mais imprévisibles, soumises au rythme des saisons sèches et humides. La capacité à se déplacer efficacement au sol, tout en gardant l'aptitude à grimper, était un atout précieux pour exploiter aussi bien les fruits des arbres que les tubercules du sol.

Les espèces présentes

La diversité est grande. Australopithecus anamensis, vers 4 millions d'années, ouvre la série. Vient ensuite le célèbre Australopithecus afarensis, dont le squelette de Lucy, découvert en Éthiopie, est daté d'environ 3,2 millions d'années. En Afrique du Sud, Australopithecus africanus prend le relais.

Une autre branche, plus robuste, apparaît vers 2,7 millions d'années : les paranthropes (parfois classés à part), aux mâchoires massives et aux dents énormes, spécialisés dans une alimentation coriace. Cette floraison d'espèces montre que l'évolution humaine n'a pas suivi une ligne droite, mais un buisson touffu de formes contemporaines.

Australopithecus afarensis
Australopithecus afarensis Cicero Moraes, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Bipédie, anatomie et premiers outils

La bipédie des australopithèques est bien assurée : le bassin, le fémur et le pied témoignent d'une marche debout habituelle. Les empreintes fossiles de Laetoli, en Tanzanie, vieilles d'environ 3,6 millions d'années, en donnent la preuve émouvante : deux ou trois individus ont laissé leurs pas dans une cendre volcanique humide, figeant pour l'éternité une démarche déjà humaine.

Ces êtres gardaient toutefois de longs bras et des doigts courbes, signes d'une vie encore partiellement arboricole. La grande nouveauté pourrait être technique : sur le site de Lomekwi, au Kenya, des outils de pierre taillés dateraient d'environ 3,3 millions d'années, bien avant l'apparition du genre Homo. Si cette datation se confirme, la fabrication d'outils serait née chez les australopithèques eux-mêmes.

Australopithecus deyiremeda
Australopithecus deyiremeda Mâchoires holotypes, Haile-Selassie et al., 2015

Mode de vie, habitat et alimentation

Les australopithèques vivaient en groupes, se nourrissant surtout de végétaux : fruits, feuilles, graines, racines, complétés d'insectes et, à l'occasion, de viande obtenue par charognage ou petite chasse. Les espèces robustes s'étaient spécialisées dans les aliments durs, comme en témoignent leurs mâchoires puissantes et l'usure de leurs dents.

De petite taille, souvent un peu plus d'un mètre, ils restaient vulnérables face aux grands prédateurs. Certains fossiles, comme l'enfant de Taung, portent les marques d'une attaque par un aigle ou un félin. La vie était rude et brève, mais ces populations ont prospéré sur un continent entier durant des centaines de milliers de générations.

Grands sites et découvertes

Deux grandes régions se partagent les trouvailles. En Afrique de l'Est, la vallée du Rift a livré Lucy à Hadar, les empreintes de Laetoli et de nombreux fossiles au Kenya. En Afrique du Sud, les grottes de Sterkfontein et de Taung ont fourni les premiers australopithèques identifiés, notamment le crâne d'enfant décrit par Raymond Dart en 1925.

La découverte de Lucy en 1974 fut un choc mondial : un squelette complet à plus de 40 %, offrant enfin une silhouette d'ensemble. Chaque nouvelle trouvaille précise le tableau, tout en soulevant des questions sur les liens de parenté entre ces multiples espèces.

La transition vers le genre Homo

Vers 2,8 à 2,3 millions d'années, une nouvelle lignée émerge des australopithèques : le genre Homo, marqué par un cerveau plus grand, une face plus réduite et un usage systématique des outils de pierre. La frontière est floue, faite de fossiles rares et de traits mêlés, comme il se doit pour un passage évolutif.

Les australopithèques ne disparaissent pas aussitôt : les formes robustes se maintiennent jusqu'à environ un million d'années, coexistant avec les premiers humains. Puis elles s'éteignent, laissant Homo poursuivre seul l'aventure. Lucy et ses semblables demeurent, dans notre imaginaire, les figures les plus attachantes de nos ancêtres lointains.