Portrait général

Australopithecus deyiremeda est l’un des hominines les plus récemment décrits : 2015. Il vivait en Éthiopie entre 3,5 et 3,3 millions d’années, c’est-à-dire exactement à l’époque et à l’endroit de Lucy.

Son nom signifie « parent proche » en langue afar, ce qui résume son intérêt : montrer que plusieurs espèces d’australopithèques se partageaient le même territoire au même moment.

Découverte

Les fossiles proviennent de Woranso-Mille, dans la région de l’Afar, et ont été découverts en 2011 par l’équipe de Yohannes Haile-Selassie. L’espèce est décrite dans Nature en mai 2015.

Le site est le même que celui qui livrera, quatre ans plus tard, le crâne d’Australopithecus anamensis MRD. Woranso-Mille est devenu l’un des gisements les plus productifs de la paléoanthropologie récente.

Les fossiles de référence

L’holotype BRT-VP-3/1 est une mâchoire supérieure presque complète, associée à deux mandibules. Le matériel reste limité aux mâchoires et aux dents.

Un pied partiel, trouvé à proximité et daté de 3,4 millions d’années : le pied de Burtele, présente un gros orteil divergent, à la manière d’Ardipithecus. Il n’a pas été formellement attribué à deyiremeda, mais l’hypothèse est ouverte.

Anatomie et morphologie

Les différences avec afarensis portent sur la robustesse de la mâchoire, la forme et la position des zygomatiques, et surtout la taille des dents : les molaires et prémolaires de deyiremeda sont nettement plus petites, alors que la mâchoire est plus massive.

Cette combinaison (mandibule robuste, dents réduites) est inhabituelle et constitue l’argument principal en faveur d’une espèce distincte.

Mode de vie et environnement

L’émail épais et la robustesse mandibulaire suggèrent un régime incluant des aliments durs ou abrasifs. Sans analyse isotopique publiée sur un échantillon large, on en reste à des inférences morphologiques.

Le paysage de Woranso-Mille à cette époque associait bois, prairies et cours d’eau; un environnement partagé avec afarensis, ce qui pose la question de la coexistence de deux espèces proches sur la même ressource.

Place dans la lignée

Deyiremeda ne prétend pas à une position d’ancêtre. Son rôle est ailleurs : il documente une diversité insoupçonnée au milieu du Pliocène.

Si le pied de Burtele lui appartient, il faut admettre qu’un hominine au gros orteil divergent, donc encore très arboricole, vivait aux côtés de Lucy, dont le pied était déjà entièrement adapté à la marche. Deux stratégies locomotrices coexistantes, un million d’années après Ardi.

Comment on le date

Les niveaux de Woranso-Mille sont datés à l’argon-argon sur les cendres volcaniques intercalées dans la série, avec un appui du paléomagnétisme : l’enregistrement, dans les sédiments, des inversions du champ magnétique terrestre, dont le calendrier est connu.

La fourchette 3,5-3,3 millions d’années est solide, et c’est précisément ce qui donne son poids au dossier : la contemporanéité avec afarensis n’est pas une approximation, elle est mesurée.

Débats et incertitudes

La validité de l’espèce est contestée, selon un schéma désormais familier : des différences dentaires et mandibulaires peuvent relever de la variation à l’intérieur d’afarensis, espèce elle-même très variable.

Les partisans de deyiremeda répondent que la combinaison observée sort de l’enveloppe connue d’afarensis, et que refuser toute nouvelle espèce revient à supposer, sans preuve, qu’une seule occupait tout le continent.

Ce qu’il nous apprend

Quelle que soit l’issue du débat taxinomique, deyiremeda a fait basculer une intuition. Longtemps, le Pliocène moyen était raconté comme le règne d’une espèce unique, afarensis, dont tout le reste descendrait.

Il faut désormais imaginer plusieurs australopithèques contemporains, se partageant les mêmes paysages; comme plusieurs espèces de singes se partagent aujourd’hui une même forêt.

Ce qu’il reste à trouver

Un crâne, et surtout un squelette associant mâchoire et pied : c’est la seule façon de savoir si le pied de Burtele appartient bien à cette espèce. Tant que l’association n’est pas établie, la plus belle partie de l’histoire reste une hypothèse.

Sites & fossiles majeurs

Woranso-Mille (Afar, Éthiopie)