Portrait général
Australopithecus sediba a vécu en Afrique du Sud il y a 1,98 million d’années. Son nom signifie « source » en sesotho, en référence à l’espoir d’y trouver l’origine du genre Homo.
C’est une mosaïque : certaines parties du squelette sont franchement archaïques, d’autres remarquablement modernes. Aucune espèce ne montre mieux que l’évolution ne transforme pas un corps d’un bloc.
Découverte
Le 15 août 2008, à Malapa, dans le Berceau de l’humanité, Matthew Berger, neuf ans, accompagne son père Lee Berger sur le terrain et repère une clavicule dépassant d’un bloc. L’espèce est décrite dans Science en 2010.
Malapa est un ancien puits naturel. Les deux individus y sont probablement tombés à quelques jours d’intervalle, ce qui explique la qualité exceptionnelle de leur conservation, et, chose rare, la conservation de restes végétaux dans le tartre dentaire.
Les fossiles de référence
MH1 est un adolescent mâle, surnommé Karabo : crâne presque complet, mandibule, épaule, bras, bassin partiel.
MH2 est une femelle adulte, sans crâne mais avec un bras complet, une main quasi entière, l’une des seules du Plio-Pléistocène, un bassin et une jambe.
Ensemble, ils forment l’un des échantillons les plus complets de tout le registre australopithèque.
Anatomie et morphologie
La capacité crânienne est faible; environ 420 cm³, mais l’endocrâne montre une réorganisation du lobe frontal, avec un élargissement des régions orbito-frontales. Une réorganisation sans agrandissement.
Le bassin est court et large, avec des caractères que l’on croyait liés à la naissance de gros cerveaux : alors que le cerveau, ici, est petit.
La main associe un pouce très long à des doigts encore courbes : capable d’une prise de précision, et encore capable de grimper. Le pied et la cheville, eux, restent primitifs : le talon est étroit, et la démarche reconstituée, avec un pied qui roulait vers l’intérieur, n’a pas d’équivalent actuel.
Ce qu’il mangeait
Le tartre dentaire de MH1 a livré des phytolithes; de minuscules concrétions de silice formées dans les tissus végétaux, et qui survivent à la digestion.
Ils indiquent un régime en C3 : feuilles, fruits, écorce et bois. De l’écorce, en particulier : aucun autre hominine connu n’en montre la trace. C’est un régime de forêt, dans un paysage pourtant largement ouvert, le signe d’une niche alimentaire à part.
Comment on le date
Malapa est l’un des rares sites sud-africains bien datés. Un plancher stalagmitique scelle directement les fossiles; sa datation à l’uranium-plomb, couplée au paléomagnétisme et à la biochronologie, donne 1,977 million d’années avec une incertitude de quelques milliers d’années.
Cette précision, exceptionnelle pour la région, est ce qui rend le débat sur sa position possible : on sait exactement quand il a vécu.
Place dans la lignée
Lee Berger a proposé sediba comme meilleur candidat à l’ancêtre du genre Homo, en s’appuyant sur les caractères modernes du bassin, de la main et du cerveau.
L’objection est chronologique et elle est forte : une mandibule de Ledi-Geraru, en Éthiopie, attribuée au genre Homo, est datée de 2,8 millions d’années, soit 800 000 ans avant sediba. Un descendant ne peut précéder son ancêtre.
La lecture majoritaire aujourd’hui fait de sediba un rameau latéral sud-africain, probablement issu d’Australopithecus africanus, ayant développé de son côté des traits ressemblant à ceux d’Homo.
Débats et incertitudes
Au-delà de la filiation, une critique porte sur le statut de MH1 : c’est un adolescent, dont le crâne aurait encore grossi et se serait modifié. Comparer un juvénile à des adultes d’autres espèces introduit un biais.
D’autres chercheurs ont proposé que MH1 et MH2 appartiennent en réalité à deux espèces différentes, hypothèse minoritaire, mais discutée.
Ce qu’il nous apprend
Même si sediba n’est l’ancêtre de personne, il démontre un point essentiel : la mosaïque. Un bassin moderne peut aller avec un petit cerveau; une main de précision avec un pied de grimpeur. Les caractères « humains » n’arrivent pas ensemble, en bloc, mais séparément et dans le désordre.
C’est exactement ce que l’on avait pressenti avec Lucy, et que sediba confirme avec un squelette bien plus complet.
Une conservation exceptionnelle
Malapa a livré autre chose que des os. Sur MH1 et MH2, des zones de tissus minéralisés ont été identifiées, ainsi que du tartre dentaire intact, deux matériaux qui disparaissent presque toujours.
La raison tient à la vitesse d’enfouissement : les corps semblent avoir été scellés en quelques jours ou quelques semaines par une coulée de boue, dans une cavité fermée, à l’abri des charognards. Une bonne partie des blocs a d’ailleurs été fouillée en laboratoire, sous scanner, plutôt que sur le terrain.
Ce qu’il reste à trouver
D’autres individus à Malapa, le site est loin d’être épuisé, et surtout des restes de la fenêtre 2,5-2,0 millions d’années en Afrique australe, encore très mal documentée.
Sites & fossiles majeurs
Malapa (Afrique du Sud)

