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Un bloc de silex d’une dizaine de centimètres, une esquille d’os glissée dans une cavité, et l’impression troublante d’un visage qui vous regarde. Trouvé en 1975 au bord de la Loire, à Langeais, le « masque » de La Roche-Cotard a environ 75 000 ans. S’il s’agit bien d’une figuration, c’est l’une des plus anciennes connues, et elle serait l’œuvre de Néandertal.

Un silex, un os et un visage

L’objet mesure 9,8 cm de haut pour 10,5 cm de large et pèse 299 grammes. C’est un bloc de silex, une roche abondante autour du site, traversé de part en part par un conduit naturel. Dans ce conduit, quelqu’un a enfoncé une esquille d’os longue de 7,4 cm, prélevée sur un grand mammifère dont l’espèce reste inconnue. Elle tient toujours, calée par de petites plaquettes de pierre et par les sédiments durcis.

Vu de face, le conduit dessine deux orbites, et l’os semble y loger deux yeux. Le bloc n’est pas brut : un large éclat a été retiré en haut à droite pour l’amincir, d’autres autour du conduit, et des retouches régularisent les arêtes. Elles accentuent ce qui ressemble à un nez et à des joues.

Une découverte de 1975, datée en trois temps

Le paléontologue Jean-Claude Marquet le met au jour en 1975, dans les niveaux moustériens du site de La Roche-Cotard, devant l’entrée d’une grotte connue depuis 1912. Autour de lui : un foyer, des silex brûlés, des os d’herbivores, des racloirs. Il le nomme d’abord « objet énigmatique » ; c’est son collègue Michel Lorblanchet qui le surnomme « masque ».

Sa datation a suivi les progrès des méthodes. En 1980, le carbone 14 appliqué à un os voisin ne donne qu’un minimum : plus de 32 000 ans. En 2009, deux nouvelles mesures sur des os de la même couche repoussent ce seuil au-delà de 40 000 ans, la limite de la méthode. Enfin, en 2014, la luminescence optiquement stimulée, qui date le dernier moment où les grains de sable ont vu la lumière, donne 75 600 ans, à 5 800 ans près, pour la couche du masque. Ces résultats ont été publiés en 2016 dans la revue Paléo.

Une œuvre ou un hasard ?

À cette époque, seuls les Néandertaliens occupent la région, et l’outillage moustérien qui entoure l’objet leur est attribué en Europe de l’Ouest. La question est donc de savoir s’ils ont voulu figurer un visage. D’autres usages ont été proposés : un poids pour tendre une peau, que sa faible masse rend peu probable, ou un simple jouet, qui n’expliquerait pas le soin des retouches.

Pour Jean-Claude Marquet et Michel Lorblanchet, l’intention figurative est la plus vraisemblable : on aurait choisi un silex à la forme évocatrice, puis on l’aurait complété. Le même principe se retrouve dans la Vénus de Berekhat Ram, un galet du plateau du Golan à peine retouché pour suggérer une silhouette. Ce que personne ne peut établir, c’est ce que l’objet signifiait pour ceux qui l’ont fait. « Masque » reste d’ailleurs un surnom : rien n’indique qu’il ait été porté.

La grotte voisine a changé la donne

En 2023, la même équipe a publié dans la revue PLOS ONE l’étude des parois de la grotte : huit panneaux de sillons tracés avec les doigts dans la paroi tendre de tuffeau, scellés par les sédiments il y a plus de 57 000 ans, bien avant l’arrivée de Homo sapiens dans la vallée.

Les tracés de La Roche-Cotard sont, selon leurs auteurs, « des exemples sans ambiguïté de conception abstraite néandertalienne ».

Ces tracés ne prouvent pas que le masque est une figuration. Mais ils montrent que les Néandertaliens de La Roche-Cotard laissaient des marques sans usage pratique évident, au même endroit et à la même époque. Le masque n’est plus un objet isolé : il s’inscrit dans un site où le symbolique néandertalien est désormais documenté. Nous racontons ces tracés dans un article dédié : La Roche-Cotard, la grotte où Néandertal a laissé ses doigts sur la paroi.