Bloc de pierre à partir duquel le tailleur détache des éclats ou des lames destinés à devenir des outils. Après le débitage, le nucléus lui-même n'est le plus souvent qu'un déchet, mais il renseigne les archéologues sur les méthodes de taille employées.
Nucléus
Le nucléus est un peu la mémoire du tailleur. En observant les négatifs d’enlèvements qu’il porte, c’est-à-dire les creux laissés par les éclats détachés, le préhistorien peut reconstituer l’ordre des coups, la direction des frappes et la manière dont le bloc a été préparé. C’est la base de l’étude des « chaînes opératoires », qui suivent un objet de la collecte de la matière première jusqu’à l’abandon de l’outil.
Chaque grande méthode de taille laisse des nucléus caractéristiques. Les galets aménagés de l’Oldowayen sont parfois à la fois nucléus et outils. La méthode Levallois, très employée au Paléolithique moyen, repose sur une préparation minutieuse de la surface du bloc pour obtenir un éclat de forme prédéterminée. Au Paléolithique supérieur, les nucléus prismatiques permettent de détacher en série de longues lames régulières, et de petits nucléus fournissent des lamelles.
Une technique d’étude particulièrement parlante est le remontage. Comme un puzzle en trois dimensions, les archéologues recollent les éclats et les lames autour de leur nucléus d’origine. Sur des campements de plein air du Bassin parisien, comme Pincevent ou Étiolles, des remontages ont permis de suivre presque geste par geste le travail des tailleurs magdaléniens, et même de distinguer un tailleur expérimenté d’un apprenti maladroit. Ils montrent aussi comment les pièces ont circulé à travers le campement. Le nucléus n’est donc pas un simple déchet : c’est souvent l’objet qui en dit le plus sur les savoir-faire d’un groupe. Notre dossier sur les outils de l’Oldowayen au Levallois approfondit ces méthodes.