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Ils ont laissé leurs mains sur les parois, leurs pieds dans l’argile et leurs doigts dans la glaise des plafonds. Qui étaient les enfants de la dernière période glaciaire, et quelle place tenaient-ils chez les chasseurs-cueilleurs ? Le journaliste scientifique Pedro Lima répond à la question le mercredi 21 octobre, à l’Institut de paléontologie humaine, à Paris.

Une conférence et une dédicace à l’IPH

La Fondation IPH accueille Pedro Lima le mercredi 21 octobre 2026, de 18 h 30 à 20 h, dans ses locaux du 1, rue René-Panhard, dans le 13e arrondissement de Paris. La conférence s’intitule « L’enfance de l’humanité : qui étaient les enfants du Paléolithique supérieur ? ». Elle est suivie d’une séance de dédicace de son livre Paléo Kids, l’enfance de l’humanité (Synops, 2024). La réservation se fait par courriel auprès de la fondation, à l’adresse p.leveque@fondationiph.org.

Journaliste depuis près de trente ans, Pedro Lima a visité à plusieurs reprises les grottes ornées les plus protégées, Chauvet et Lascaux en tête, auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages. Son livre sur les enfants couvre la période qui va d’environ 40 000 à 12 000 ans avant le présent, de Chauvet à Lascaux : comment on s’occupait d’eux, comment ils apprenaient à tailler le silex, à quoi ils jouaient, et quel rôle ils tenaient dans la collecte, la chasse, la pêche ou la préparation des repas.

Des mains, des pieds et des doigts

Les enfants du Paléolithique sont difficiles à voir dans les fouilles : leurs os, fragiles, se conservent mal, et leurs outils ne se distinguent pas forcément de ceux des adultes. Ce sont les grottes qui les ont rendus visibles. Dans la grotte de Gargas, dans les Hautes-Pyrénées, parmi les plus de deux cents mains négatives du Gravettien, plusieurs sont de petite taille et appartiennent à des enfants. Dans la grotte Chauvet, une piste de pas d’un enfant d’environ huit à dix ans traverse une galerie sur plusieurs dizaines de mètres.

Tracés digitaux sur une paroi de la grotte de Rouffignac
Tracés digitaux de la grotte de Rouffignac (Dordogne) : une partie de ces sillons ont été faits par de très jeunes enfants. · Leslie Van Gelder · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

À Rouffignac, en Dordogne, les archéologues Kevin Sharpe et Leslie Van Gelder ont mesuré la largeur des sillons tracés avec les doigts dans l’argile tendre des parois et des plafonds. En les comparant aux doigts d’enfants et d’adultes d’aujourd’hui, ils ont conclu en 2006 qu’une part de ces tracés étaient l’œuvre d’enfants de deux à cinq ans, dont certains devaient être portés à bout de bras pour atteindre le plafond.

Les enfants n’étaient pas laissés à l’entrée des grottes : ils descendaient dans les galeries profondes, avec les adultes, et y laissaient leur marque.

Apprendre en faisant

Dans les campements, les fouilles livrent des indices plus discrets : des éclats de silex taillés maladroitement, avec des erreurs qu’un tailleur confirmé ne commet pas, retrouvés à côté de pièces parfaitement réussies. Les préhistoriens y lisent un apprentissage, l’enfant s’exerçant près d’un adulte, parfois sur des blocs de moindre qualité. C’est l’un des fils du livre : chez des nomades, apprendre les gestes de la survie se faisait très tôt, par l’imitation et la pratique.

Les sépultures confirment l’attention portée aux plus jeunes. À Sungir, en Russie, deux enfants ont été inhumés il y a environ 34 000 ans avec des milliers de perles en ivoire de mammouth. Au Portugal, l’enfant de Lagar Velho a été enseveli vers 4 ans, avec une parure de coquillage et un linceul teinté d’ocre.

Des grottes découvertes par des adolescents

Le fil conducteur de la conférence est un clin d’œil de l’histoire : plusieurs grottes fréquentées par des enfants au Paléolithique ont été redécouvertes, des millénaires plus tard, par d’autres enfants. Le Tuc d’Audoubert, en Ariège, l’a été en 1912 par les trois frères Bégouën, alors adolescents ; on y a relevé près des célèbres bisons d’argile des empreintes de talons attribuées à de jeunes visiteurs. Lascaux a été trouvée le 12 septembre 1940 par quatre garçons, dont Marcel Ravidat, 17 ans, et Jacques Marsal, 15 ans.

Copie des bisons d’argile du Tuc d’Audoubert au musée d’Archéologie nationale
La copie des bisons d’argile du Tuc d’Audoubert (Magdalénien, environ 16 000 ans), au musée d’Archéologie nationale. · Vassil · CC0 · Wikimedia Commons

Ce que l’on sait, et ce qui reste à prouver

Plusieurs de ces lectures restent discutées. Mesurer un doigt ou une main sur une paroi ne donne pas un âge sûr : une petite main peut être celle d’une femme ou d’un adolescent, et les méthodes de Rouffignac ont été critiquées. On ne sait pas non plus si les enfants participaient au décor des grottes ou s’ils accompagnaient simplement les adultes. La conférence de Pedro Lima est l’occasion de faire le point sur ce que les traces permettent d’affirmer, et sur ce qu’elles laissent ouvert.