Nous avons l’habitude d’être seuls sur Terre en tant qu’humains. Ce fut longtemps l’exception. En bref : on connaît une vingtaine d’espèces du genre Homo, sans compter les australopithèques qui les ont précédées, et Homo sapiens est le seul survivant d’une famille autrefois foisonnante.
Un buisson, pas une échelle
L’image de l’évolution humaine « en file indienne », du singe courbé à l’homme debout, est fausse. La réalité ressemble à un buisson touffu : des espèces apparaissent, cohabitent, se croisent parfois, s’éteignent, sans qu’une seule mène « logiquement » jusqu’à nous. À plusieurs reprises, trois ou quatre espèces humaines ont vécu en même temps sur la planète.
Cette image du buisson n’est pas une coquetterie de spécialiste : elle change la question. Il ne s’agit plus de savoir « d’où nous venons » comme on remonte une ligne, mais quelles branches ont persisté, lesquelles se sont éteintes, et pourquoi.
Les principales espèces d’Homo
Parmi les mieux établies : Homo habilis, Homo rudolfensis, Homo ergaster, Homo erectus, le grand voyageur, qui a tenu près de deux millions d’années, Homo antecessor, Homo heidelbergensis, Homo neanderthalensis, les Dénisoviens (connus surtout par leur ADN), le minuscule Homo floresiensis, Homo luzonensis, Homo naledi, et enfin Homo sapiens.
La liste s’allonge à mesure des découvertes : naledi a été décrit en 2015, luzonensis en 2019, et plusieurs propositions récentes attendent encore le verdict de la communauté.
Pourquoi le chiffre est incertain
« Une vingtaine » est une fourchette, pas un décompte. La raison est que les paléoanthropologues ne s’accordent pas sur ce qui fait une espèce à partir de fossiles. Deux écoles s’opposent : les « splitters », qui érigent en espèce distincte toute différence anatomique nette, et les « lumpers », qui y voient la variabilité normale d’une même population ; nous-mêmes différons beaucoup d’un continent à l’autre sans former des espèces séparées.
Selon l’école, on compte une douzaine ou une trentaine d’espèces avec exactement les mêmes fossiles. Et l’ADN a compliqué la chose : Néandertaliens et Dénisoviens se sont croisés avec nous et ont eu des enfants fertiles, ce qui, appliqué au vivant actuel, en ferait plutôt des populations d’une même espèce.
Et avant le genre Homo
Avant et autour d’Homo, il faut ajouter les australopithèques (dont Lucy), les paranthropes aux mâchoires massives, et les très anciens Ardipithecus, Orrorin, Sahelanthropus. En comptant toute la lignée depuis la séparation d’avec les chimpanzés, on dépasse largement la trentaine de formes nommées.
Plusieurs humanités en même temps
Il y a 100 000 ans, la Terre portait au moins sapiens en Afrique et au Proche-Orient, Néandertal en Europe, les Dénisoviens en Asie, floresiensis à Florès, luzonensis à Luçon, et probablement des populations d’erectus tardives en Asie du Sud-Est. Six humanités contemporaines, sur une même planète.
Il y a 40 000 ans, il n’en restait que deux ou trois. Il y a 30 000 ans, une seule.
Notre solitude d’espèce est récente, et elle est l’exception, pas la règle.
Pourquoi un seul survivant ?
Aucune réponse ne fait consensus. Plusieurs facteurs sont invoqués : des réseaux sociaux plus étendus chez sapiens, permettant de faire circuler techniques et secours ; une démographie plus dynamique ; une meilleure tolérance aux variations climatiques brutales ; et, sans doute, l’absorption progressive des autres par métissage plutôt que leur élimination.
Car nous ne sommes pas tout à fait seuls : la plupart des humains actuels portent 1 à 2 % d’ADN néandertalien, et jusqu’à 5 % d’ADN dénisovien en Océanie. Les autres humanités ne se sont pas entièrement éteintes ; une part d’elles continue en nous.
Pour aller plus loin : nos dossiers Néandertal et Sapiens : rencontres et métissage et Les Dénisoviens.