Portrait général
Paranthropus robustus est le paranthrope d’Afrique australe, présent entre environ 2,0 et 1,0 million d’années. Il partage avec ses cousins est-africains l’appareil masticateur hypertrophié, mais dans une version un peu moins extrême.
C’est aussi l’espèce fossile pour laquelle on dispose des informations les plus fines sur le comportement social; grâce à une méthode qui n’a rien à voir avec la morphologie.
Découverte
En 1938, un écolier, Gert Terblanche, montre à Robert Broom des fragments de mâchoire trouvés à Kromdraai, en Afrique du Sud. Broom y reconnaît un hominine différent d’Australopithecus africanus et crée le genre Paranthropus.
Les grands gisements suivent : Swartkrans, fouillé à partir de 1948, livre des centaines de restes; Drimolen, découvert en 1992, donne en 1994 le crâne féminin DNH 7, puis en 2020 un crâne masculin daté de 2,04 millions d’années.
Les fossiles de référence
TM 1517, l’holotype de Kromdraai, associe des fragments de crâne, une mandibule et quelques os de la main et du bras.
SK 48, de Swartkrans, est un crâne complet devenu l’image de référence de l’espèce. DNH 7, « Eurydice », est le crâne féminin le plus complet connu, et DNH 155 le plus ancien crâne masculin bien conservé.
Anatomie et morphologie
La capacité crânienne avoisine 530 cm³. La crête sagittale est présente chez les mâles, absente chez les femelles. Les molaires sont massives, les prémolaires molarisées, c’est-à-dire élargies pour participer au broyage.
Le dimorphisme sexuel est très marqué, plus que chez l’humain actuel : la comparaison de DNH 7 et DNH 155 en donne la mesure directe, sur deux crânes du même gisement.
La taille estimée va de 1,10 m pour environ 32 kg chez les femelles à 1,30 m pour 40 kg chez les mâles.
Les outils en os de Swartkrans
Swartkrans a livré une série d’os aux extrémités polies. L’étude expérimentale des traces d’usure a montré qu’elles correspondent au creusement de termitières, et non au travail de la terre ou des tubercules.
On ne peut pas prouver que ces outils sont l’œuvre de P. robustus plutôt que des premiers Homo, présents sur le même site. Mais la piste est sérieuse, et elle contredit l’idée d’un paranthrope purement végétarien et dépourvu de technique.
Des femelles qui partaient, des mâles qui restaient
Une étude publiée en 2011 a analysé les isotopes du strontium dans l’émail dentaire; une signature qui reflète la géologie du sol où l’individu a grandi.
Résultat : les grands individus, interprétés comme mâles, portent la signature locale; plus de la moitié des petits individus, interprétés comme femelles, viennent d’ailleurs. C’est le schéma d’une dispersion femelle, comme chez les chimpanzés et les gorilles.
Une information sur l’organisation sociale, tirée d’un fossile, sans aucun recours à l’anatomie.
Mode de vie et environnement
Contrairement à boisei, les isotopes du carbone montrent un régime variable : selon les individus et les saisons, la part de plantes en C4 oscille fortement. Robustus était opportuniste, pas spécialisé sur une ressource unique.
Les caries observées sur certaines dents suggèrent par ailleurs une consommation de fruits sucrés ou de miel.
Comment on le date
Comme pour tous les sites sud-africains, il n’y a pas de cendres volcaniques. On combine uranium-plomb sur les planchers stalagmitiques, nucléides cosmogéniques sur les sédiments d’enfouissement, biochronologie et paléomagnétisme. Les fourchettes sont plus larges qu’en Afrique de l’Est.
Débats et incertitudes
Outre la question du genre, on discute la date d’extinction, les niveaux les plus récents de Swartkrans sont mal contraints, et l’attribution des outils, en os comme en pierre, sur des sites où deux espèces d’hominines coexistent.
Ce qu’il nous apprend
Robustus a servi de terrain d’essai à toute une génération de méthodes qui ne regardent plus la forme des os, mais leur chimie : isotopes du carbone pour l’alimentation, isotopes du strontium pour les déplacements, tartre dentaire pour les végétaux consommés, micro-usure pour la texture des aliments.
C’est un changement d’échelle discret mais considérable. On est passé de « à quoi ressemblait-il ? » à « où a-t-il grandi, qu’a-t-il mangé la semaine avant sa mort ». Un fossile n’est plus seulement une forme : c’est une archive.
Et le portrait qui en sort n’est plus celui d’une brute végétarienne au front bas, mais celui d’un hominine opportuniste, qui creusait les termitières, changeait de régime avec les saisons, et dont les femelles quittaient le groupe natal.
Ce qu’il reste à trouver
Des associations claires entre outils et restes humains, et des squelettes post-crâniens complets. Drimolen, gisement jeune et productif, est le meilleur espoir.
Sites & fossiles majeurs
Kromdraai, Swartkrans (Afrique du Sud)
