Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Natural History Museum, London, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Neuf espèces d’oiseaux incapables de voler, endémiques de Nouvelle-Zélande, dont les plus grandes; les Dinornis, atteignaient 3,60 mètres cou tendu pour 230 kilos. Les plus petites ne dépassaient pas la taille d’un dindon.

Leur particularité anatomique est radicale : les moas sont les seuls oiseaux connus totalement dépourvus d’ailes. Pas même un moignon d’humérus. L’évolution insulaire, sans prédateur terrestre, avait effacé jusqu’à la trace du membre.

Des femelles deux fois plus grandes

On a longtemps décrit trois espèces de Dinornis de tailles différentes. L’ADN, en 2003, a montré qu’il s’agissait d’une seule espèce par île, et que les grands spécimens étaient tous des femelles, deux fois plus hautes et près de trois fois plus lourdes que les mâles.

Un dimorphisme d’une ampleur inconnue chez les autres oiseaux, qui a fait disparaître d’un coup deux espèces de la liste.

Mode de vie

Ils broutaient feuilles, brindilles et fruits des forêts et des broussailles néo-zélandaises, avalant des gastrolithes, des cailloux de plusieurs kilos au total, pour broyer les fibres dans leur gésier. Leur unique prédateur était l’aigle de Haast, le plus grand rapace connu, qui fondait sur eux à plus de 70 km/h et pesait jusqu’à quinze kilos.

Cet aigle a d’ailleurs disparu avec eux : un prédateur qui ne chasse qu’une seule proie ne survit pas à sa disparition.

Illustration ancienne.
Illustration ancienne. Frederick William Frohawk, domaine public (Wikimedia Commons)

Une extinction éclair

C’est le cas le mieux documenté d’une extinction causée par l’homme, et il ne laisse guère de place au doute. Les Māoris abordent la Nouvelle-Zélande vers 1280. Les moas disparaissent en moins de cent cinquante ans.

Les modélisations démographiques donnent la mesure du phénomène : il aurait suffi de quelques milliers de personnes prélevant quelques oiseaux par semaine, et brûlant les forêts pour ouvrir des cultures, pour venir à bout d’une population de plusieurs centaines de milliers d’individus. Un grand oiseau lent, sans défense, qui pond un œuf à la fois, ne se reconstitue pas.

Les fours de cuisson et les amas de coquilles d’œufs des sites archéologiques néo-zélandais sont là pour l’attester, par milliers.

Le procès en paternité

Longtemps, une partie de la littérature a cherché à disculper les Māoris en invoquant le climat ou les maladies. Les données ne suivent pas : les moas ont traversé sans dommage plusieurs cycles glaciaires, et leur diversité génétique était bonne à la veille de l’extinction, signe de populations en bonne santé.

La séquence est nette : arrivée humaine, exploitation intensive, disparition en quelques générations. C’est ce qui fait de la Nouvelle-Zélande un cas d’école, souvent invoqué dans le débat sur les extinctions du Pléistocène, mais avec une différence de taille : ici, l’archéologie et les datations sont assez fines pour voir la chose se produire.

Ce qu’il en reste

Le climat sec de certaines grottes a conservé des plumes, des morceaux de peau, des œufs entiers et jusqu’à des contenus de gésier. C’est l’une des rares espèces éteintes dont on connaisse la couleur du plumage : brun-roux moucheté de blanc, d’après les pigments retrouvés.