
Portrait
Malgré son nom, le bœuf musqué n’est ni un bœuf ni porteur de musc. C’est un caprin de grande taille, plus proche des chèvres et des moutons que des bovins, pesant de 200 à 400 kilos, haut de 1,35 mètre au garrot, coiffé de cornes aplaties qui se rejoignent au sommet du crâne en un casque osseux.
Sa toison est son chef-d’œuvre. Sous les longs poils de jarre qui tombent presque au sol se cache le qiviut, un duvet huit fois plus isolant que la laine de mouton et plus fin que le cachemire. Il permet de survivre à moins quarante degrés sans jamais s’abriter.
Le cercle
Attaqué, le troupeau ne fuit pas : il se met en cercle, les adultes tournés vers l’extérieur, cornes en avant, les jeunes au centre. C’est une défense excellente contre le loup, et catastrophique face à un chasseur armé, puisque le groupe reste sur place jusqu’au dernier.

Un animal de la steppe à mammouth
Pendant les phases froides du Pléistocène, le bœuf musqué occupait toute la grande steppe froide eurasiatique, du nord de l’Espagne à la Sibérie. Ses restes sont attestés en France, notamment dans le Sud-Ouest et le Bassin parisien, aux côtés du renne, du renard polaire et du lemming, l’assemblage caractéristique des périodes les plus rigoureuses.
Il fait partie de ce petit groupe d’espèces qui ont traversé la fin de la dernière glaciation sans disparaître, contrairement au mammouth ou au rhinocéros laineux. Sa survie s’est faite au prix d’un repli considérable : il ne subsiste aujourd’hui qu’en Arctique canadien, au Groenland et là où il a été réintroduit.
Ce que sa présence indique
Pour l’archéozoologue, trouver du bœuf musqué dans un gisement est une information climatique de premier ordre. L’espèce ne tolère ni les hivers doux ni surtout la neige épaisse et croûtée, qui l’empêche d’atteindre la végétation. Sa présence signe un climat froid mais sec, à faible enneigement; exactement le régime de la steppe à mammouth, un milieu qui n’a plus d’équivalent aujourd’hui.
Chassé, mais peu figuré
Les os portent par endroits des traces de découpe, et sa toison offrait une matière première remarquable. Sa représentation dans l’art paléolithique est en revanche rare et discutée : plusieurs figures massives à cornes recourbées lui ont été attribuées, sans que le débat soit tranché, car le mufle et la silhouette peuvent se confondre avec ceux du bison. C’est un rappel utile; identifier une espèce sur une paroi est un exercice bien plus incertain que l’identifier sur un os.
Un survivant de la mégafaune
Sur la dizaine de grands mammifères qui peuplaient la steppe froide, il fait partie des rares rescapés, avec le renne, le cheval et le bison. Comprendre pourquoi lui a tenu, quand le mammouth s’effondrait, est l’une des façons d’aborder l’extinction de la mégafaune : les espèces les plus spécialisées d’un milieu qui disparaît ne sont pas nécessairement les premières à tomber, et le hasard démographique compte autant que l’écologie.

