Phoque
Phoque Arild Vågen, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Sous le mot « phoque » se rangent plusieurs espèces qui fréquentaient les côtes européennes au Pléistocène, au premier rang desquelles le phoque gris et le veau marin. Corps fuselé, membres transformés en nageoires, épaisse couche de graisse sous la peau : un mammifère terrestre entièrement réorganisé pour l’eau froide.

Il conserve pourtant l’obligation de revenir à terre pour mettre bas et pour muer. C’est là, sur des plages et des rochers, qu’il devient accessible, et vulnérable.

Un gibier de plage

Les restes de phoques apparaissent dans les gisements littoraux du Paléolithique supérieur et, plus massivement, dans les amas coquilliers mésolithiques de l’Atlantique et de la Baltique. La chasse ne demandait ni bateau ni harpon sophistiqué : un groupe pouvait cerner des animaux à terre, particulièrement pendant la mise bas.

Le rendement était considérable. Un phoque gris adulte représente plus de cent kilos de viande et surtout une quantité de graisse que peu de gibiers terrestres offrent; ressource décisive dans un régime carné, où l’excès de protéines sans lipides devient toxique.

Phoque
Phoque Waitblock, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Les phoques de Cosquer

La grotte Cosquer, dont l’entrée s’ouvre aujourd’hui à trente-sept mètres sous la Méditerranée, porte parmi ses gravures un ensemble d’animaux marins : grands pingouins, poissons, et des figures allongées, à la tête ronde et aux membres réduits, généralement lues comme des phoques.

C’est une exception précieuse. L’art paléolithique conservé est très majoritairement un art de grands herbivores terrestres; les milieux côtiers, eux, ont été noyés par la remontée du niveau marin il y a environ dix mille ans. Ce que nous prenons pour un désintérêt des artistes pour la mer est peut-être surtout un effet de la géographie.

Ce que l’on en tirait

Tout, ou presque : la viande, la graisse (combustible pour les lampes autant qu’aliment, la peau, imperméable et solide, les tendons, et les os, dont certains ont servi d’outils). Sur plusieurs sites mésolithiques bretons, la place du phoque dans les rebuts alimentaires indique une exploitation régulière, saisonnière, et non des captures d’aubaine.

Chasser sans bateau

Rien n’oblige à imaginer une navigation. Les stratégies documentées ethnographiquement dans l’Arctique et l’Atlantique Nord (rabattage sur une plage, attente aux trous de respiration, capture des jeunes pendant l’allaitement) ne demandent qu’une bonne connaissance des rythmes de l’animal.

C’est justement ce savoir qui laisse le moins de traces : savoir quand et une colonie met bas ne se fossilise pas. Les os, eux, gardent la trace du résultat, et les profils d’âge de certains gisements, dominés par les jeunes de l’année, indiquent des captures calées sur la saison de reproduction.