
Portrait
Trapu, bas sur pattes, long de trois mètres pour quatre à six tonnes, le mastodonte américain n’était ni un éléphant ni un mammouth, mais le représentant d’une lignée séparée depuis près de trente millions d’années.
Ses défenses étaient longues et peu recourbées, son crâne allongé et plat, son dos droit; là où le mammouth a une bosse et un dos fuyant. À silhouette comparable, deux animaux très différents.
Des dents qui donnent son nom
« Mastodonte » vient du grec : mastos, le mamelon, et odous, la dent. Ses molaires portent en effet de grosses cuspides coniques appariées, faites pour écraser branches et rameaux.
Celles du mammouth, à l’inverse, sont des râpes à lamelles serrées, faites pour broyer l’herbe. C’est la différence la plus parlante entre les deux : l’un tondait la steppe, l’autre cassait du bois. Une seule dent suffit à trancher, et c’est ainsi qu’on les distingue depuis deux siècles.
Mode de vie
Il vivait dans les forêts et les marécages d’Amérique du Nord, jusqu’au Mexique. Les contenus stomacaux conservés dans des tourbières ont livré son menu : rameaux d’épicéa et de mélèze, cônes, mousses, plantes aquatiques.

L’animal qui a inventé la paléontologie
Son histoire scientifique compte autant que sa biologie. Des ossements trouvés dans l’Ohio au XVIIIe siècle intriguent les savants : trop gros pour un éléphant connu, avec des dents qui ne ressemblent à rien.
C’est sur ce matériel que Georges Cuvier démontre, en 1796, que certaines espèces ont bel et bien disparu; idée alors scandaleuse, qui contredisait la perfection supposée de la Création. L’extinction, comme concept scientifique, naît de cet animal.
Aux États-Unis, l’affaire prend une tournure patriotique : Thomas Jefferson, convaincu que la bête vivait encore quelque part dans l’Ouest, demande à l’expédition Lewis et Clark de la chercher. Elle ne l’a pas trouvée.
Dans le monde des premiers humains
Les premiers Américains l’ont chassé. Le site de Manis, dans l’État de Washington, a livré une côte de mastodonte dans laquelle est fichée une pointe en os, datée de 13 800 ans; antérieure à la culture Clovis, ce qui a contribué à faire tomber le vieux modèle d’un premier peuplement clovis.
Où le rencontrer
C’est l’un des fossiles américains les plus exposés : squelettes montés au Musée américain d’histoire naturelle de New York, au Field Museum de Chicago, et dans quantité de musées régionaux du Midwest, où les tourbières en ont livré des individus quasi complets.
Disparition
Il s’éteint vers 10 000 ans. Les génomes montrent que ses populations avaient déjà connu de fortes contractions au rythme des cycles glaciaires, migrant vers le nord et vers le sud selon les époques; une espèce habituée à l’instabilité, mais que la double pression du réchauffement final et de la chasse humaine a fini par emporter.
