Cerf élaphe
Cerf élaphe Julian Herzog, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Le cerf élaphe est le grand cervidé des forêts tempérées d’Europe : 1,20 à 1,50 mètre au garrot, 150 à 250 kilos pour un mâle adulte, pelage roux l’été virant au gris-brun l’hiver. Il n’a pas changé depuis la préhistoire; c’est la même espèce qui brame aujourd’hui dans les forêts françaises.

Le mâle porte des bois pleins, ramifiés, qu’il perd et refait chaque année. Une ramure adulte pèse cinq à huit kilos et pousse en quatre mois : c’est la croissance osseuse la plus rapide connue chez un mammifère.

Le rythme du brame

À l’automne, les mâles rassemblent des harems et s’affrontent. Ce comportement, bruyant et localisé, rend l’espèce très prévisible quelques semaines par an; une aubaine pour des chasseurs qui connaissaient les places de brame aussi bien que les éleveurs connaissent leurs pâtures.

Cerf élaphe
Cerf élaphe Charles J. Sharp, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Le gibier des périodes tempérées

Là où le renne signe le froid, le cerf signe la forêt et la douceur. Dans les séquences du Sud-Ouest, l’alternance des deux espèces au fil des couches est l’un des meilleurs thermomètres dont dispose l’archéologue : quand le cerf remonte, le climat s’adoucit et le paysage se referme.

Au Mésolithique, après le réchauffement, il devient avec le sanglier et le chevreuil la base de l’alimentation carnée en Europe occidentale; le passage du monde de la steppe à celui de la forêt tient en grande partie dans ce remplacement.

Une matière première de premier ordre

Le bois de cerf est plus dense et plus élastique que celui du renne. On y a taillé des bâtons percés, des harpons, des pointes, des manches, et surtout, plus tard, les gaines de haches du Néolithique : une douille en bois de cerf amortit le choc et évite au manche de bois de fendre. Ce détail technique a accompagné toute la conquête agricole de l’Europe forestière.

Les craches

Le cerf possède deux canines supérieures atrophiées, arrondies, émaillées comme de petites perles : les craches. Deux par animal, pas une de plus. Percées, elles ont été portées en pendentifs et cousues sur les vêtements pendant des millénaires, du Paléolithique supérieur au Néolithique.

Leur intérêt archéologique tient à cette rareté même. Un collier de cinquante craches suppose vingt-cinq cerfs, donc du temps, de la chance ou des échanges. C’est l’un des rares objets préhistoriques dont on puisse mesurer le « coût » en unités concrètes.

Dans l’art

Il est partout, gravé et peint. La plus célèbre de ses apparitions est à Lascaux : la frise dite des cerfs nageant, cinq têtes alignées au-dessus d’une ligne, ramures dressées; que l’on a longtemps lue comme une harde traversant une rivière, et que d’autres interprètent comme un même animal saisi en plusieurs instants.

Le cerf domestique ? presque

Le cerf n’a jamais été domestiqué en Europe, mais il a été géré. Plusieurs sites néolithiques et protohistoriques livrent des concentrations de bois de chute (ramures ramassées au sol, non prélevées sur des animaux abattus) en quantités qui supposent une collecte organisée, saison après saison, sur des territoires connus.

Ramasser des bois plutôt que tuer des cerfs, c’est exploiter une ressource renouvelable sans toucher au cheptel. Une forme d’intelligence économique que l’on prête rarement aux chasseurs-cueilleurs.