Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Ghedoghedo, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Le plus grand marsupial qui ait jamais existé : trois mètres de long, 1,80 mètre au garrot, jusqu’à 2,7 tonnes. Autrement dit, un wombat de la taille d’un rhinocéros, et c’est bien la parenté : le diprotodon est un proche cousin des wombats et des koalas actuels.

Son nom signifie « deux dents en avant » : deux immenses incisives inférieures, à croissance continue, qui coupaient la végétation comme un sécateur. Ses pieds étaient tournés vers l’intérieur, en position d’équin, ce qui lui donnait une démarche chaloupée singulière.

Une poche à trois cents kilos

C’était un marsupial : la femelle portait son petit dans une poche, et cette poche s’ouvrait vers l’arrière, comme chez le wombat (disposition qui, chez un animal qui creuse, évite de remplir la poche de terre). Un jeune diprotodon devait y séjourner plusieurs mois avant de peser assez pour suivre sa mère.

Mode de vie

Il broutait feuilles, herbes et arbustes des paysages ouverts d’Australie, et migrait probablement sur de longues distances : les isotopes du strontium d’une dent, lus année par année, montrent des déplacements saisonniers réguliers de plusieurs centaines de kilomètres, la première migration jamais démontrée chez un marsupial.

Ses restes s’accumulent parfois par dizaines dans d’anciens lacs asséchés, où des troupeaux entiers semblent être morts de soif lors de sécheresses majeures.

Reconstitution artistique.
Reconstitution artistique. Nobu Tamura, CC BY 3.0 (Wikimedia Commons)

Dans le monde des premiers humains

Les premiers Australiens arrivent il y a environ 65 000 ans et cohabitent avec lui pendant plusieurs millénaires. La question de leur responsabilité dans sa disparition est l’une des plus disputées de la préhistoire australienne.

Aucun site de chasse indiscutable n’a été trouvé; pas de squelette avec pointe fichée, pas d’amas de découpe. Mais l’usage du feu par les groupes humains a profondément transformé la végétation du continent, et pourrait avoir emporté une faune adaptée à d’autres paysages.

Certains chercheurs voient dans le Bunyip, créature des traditions aborigènes hantant les points d’eau, un écho lointain de ces os géants, ou de l’animal lui-même. L’hypothèse est invérifiable, mais elle a le mérite de rappeler que les fossiles ont toujours nourri des récits.

Ce que les fossiles ont livré

Le lac Callabonna, en Australie-Méridionale, est le gisement de référence : des dizaines d’individus y ont été retrouvés debout, les pattes enfoncées dans l’argile d’un lac asséché, morts en tentant de traverser une croûte de sel qui a cédé sous leur poids.

Cette posture, un troupeau piégé sur place, a permis d’étudier des squelettes complets et de reconstituer la structure d’un groupe : mâles, femelles, jeunes de tous âges.

Disparition

Vers 40 000 ans, comme la quasi-totalité de la mégafaune australienne : kangourou géant, lion marsupial, oiseau Genyornis. La sécheresse croissante du continent et la transformation du couvert végétal se conjuguent à l’arrivée d’un prédateur nouveau; démêler les deux causes reste, ici plus qu’ailleurs, un exercice difficile.