
Portrait
Six mètres de long, quatre tonnes : le mégathérium était aussi gros qu’un éléphant d’Afrique, et c’était un paresseux. Dressé sur ses pattes arrière, appuyé sur sa queue épaisse comme sur un trépied, il atteignait cinq mètres de haut.
Ses membres antérieurs portaient d’immenses griffes recourbées, si longues qu’il marchait sur le tranchant extérieur de ses mains, poings à demi fermés; une démarche que confirment les empreintes fossiles et l’usure des os du poignet.
Que faisait-il de ses griffes ?
Elles servaient d’abord à ramener les branches : le mégathérium attrapait le feuillage en hauteur, comme le fait un paresseux arboricole à l’envers. Certains chercheurs y ont vu aussi un outil de fouissage, pour les racines et les tubercules.
Une hypothèse plus audacieuse a longtemps circulé : qu’il ait pu ouvrir des carcasses et se comporter en charognard occasionnel. Elle repose sur la forme de son coude, capable d’un mouvement rapide inhabituel chez un herbivore. Les analyses isotopiques n’en donnent aucune confirmation : tout indique un régime végétal strict.
Mode de vie
Il vivait seul ou en petits groupes dans les plaines et les forêts claires d’Amérique du Sud. Sa masse le protégeait : un adulte n’avait pratiquement rien à craindre, pas même du smilodon. Les jeunes, eux, étaient vulnérables.
Sa peau contenait des ostéodermes (de petits nodules osseux enchâssés dans le derme, comme un cuir armé) que l’on retrouve dispersés dans les gisements.

Le fossile qui a fait Cuvier
Un squelette découvert en 1788 près de Buenos Aires, expédié à Madrid, est étudié à distance par Georges Cuvier, qui le nomme et le rattache aux paresseux dès 1796. C’est l’un des premiers grands vertébrés fossiles correctement identifiés, et l’un des actes de naissance de l’anatomie comparée.
Quarante ans plus tard, Darwin en exhume à son tour en Patagonie. Comme pour le glyptodon, la ressemblance entre le géant disparu et les petits paresseux vivants du même continent le frappe et le travaille.
Dans le monde des premiers humains
Les premiers Sud-Américains l’ont chassé. Le site argentin de Campo Laborde a livré un squelette de mégathérium associé à des outils de pierre et portant des traces de découpe, daté d’environ 12 600 ans.
Plus étonnant : à White Sands, au Nouveau-Mexique, des pistes fossilisées montrent des empreintes humaines superposées à celles d’un paresseux géant, avec des changements de direction, une scène de traque figée dans le gypse.
Ses cousins qui ont survécu
Les paresseux d’aujourd’hui, six espèces arboricoles de trois à huit kilos, sont ses parents. Le contraste dit tout de ce qu’a été l’Amérique du Sud : un continent isolé pendant des dizaines de millions d’années, où une même lignée a produit des animaux de quatre tonnes et des grimpeurs de quatre kilos.
Une branche a même repris la mer : les Thalassocnus, paresseux marins du Pérou, broutaient les herbiers sous-marins il y a quelques millions d’années, avec des os de plus en plus denses au fil des espèces, un lest naturel pour rester au fond.
Disparition
Il s’éteint vers 10 000 ans. Sa reproduction très lente (un seul petit, longuement dépendant) le rendait incapable d’encaisser une prédation même modérée. Un animal qui met des années à remplacer un individu ne résiste pas à un prédateur nouveau et efficace.



