Reconstitution artistique.
Reconstitution artistique. Mauricio Antón, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

L’autre félin à dents de sabre, moins connu que le smilodon et pourtant bien plus répandu : Homotherium a occupé l’Eurasie, l’Afrique et les Amériques. Plus léger : 1,10 mètre au garrot, 150 à 200 kilos, il avait une allure très différente.

Ses membres antérieurs étaient plus longs que les postérieurs, ce qui donnait un dos en pente vers l’arrière et une démarche évoquant celle d’une hyène. Ses canines, courtes et larges, dentelées comme une scie, méritaient mieux le nom de « dents de cimeterre » que de sabre.

Un chasseur d’endurance

Tout, chez lui, dit la course longue plutôt que le bond : des pattes hautes, des griffes peu rétractiles, une cage thoracique profonde. Les moulages endocrâniens montrent en outre des lobes olfactifs développés et une vision adaptée au jour, un poursuiveur diurne, capable de suivre une piste.

Cette anatomie a nourri l’hypothèse d’une chasse en groupe, à l’usure, sur de grandes proies; un comportement qui rapproche Homotherium du lycaon plus que du léopard.

Mode de vie

Il s’attaquait aux grands herbivores, et notamment aux jeunes. La grotte de Friesenhahn, au Texas, a livré les restes de plusieurs centaines de mammouths juvéniles associés à des squelettes d’Homotherium; une tanière où les adultes rapportaient les proies aux petits, comme le font les lions actuels.

Crâne fossile.
Crâne fossile. Jebulon, CC0 (Wikimedia Commons)

Ce que la mer du Nord a rendu

La plus belle pièce européenne vient du fond de la mer. En 2000, un chalutier néerlandais remonte du Doggerland, cette plaine aujourd’hui immergée entre l’Angleterre et les Pays-Bas, une mandibule d’Homotherium datée de 28 000 ans.

C’était un choc : on croyait l’animal éteint en Europe depuis trois cent mille ans. Il a donc côtoyé Néandertal, puis Homo sapiens, pendant l’essentiel du Paléolithique supérieur, et personne ne s’en doutait.

Ce que son génome a révélé

En 2022, une équipe est parvenue à séquencer le génome d’un Homotherium du Yukon, à partir d’un fragment d’os vieux de plus de 47 000 ans. Les résultats confirment l’anatomie sur trois points.

Les gènes liés à la vision diurne, au système nerveux et au métabolisme respiratoire portent des signatures de sélection : un chasseur de jour, endurant, capable de soutenir un effort long. Et la diversité génétique est élevée, ce qui indique une population nombreuse et largement répartie; non pas une espèce relique en survie, mais un félin encore prospère au moment où il disparaît.

La séparation d’avec les autres félins remonte à environ vingt-deux millions d’années : les dents de sabre ne sont pas un stade primitif du félin moderne, mais une branche parallèle, ancienne et longtemps florissante.

Dans le monde des premiers humains

Aucune représentation certaine n’en est connue, ce qui est frappant pour un animal aussi spectaculaire. Peut-être était-il devenu rare; peut-être certaines figures félines ambiguës de l’art pariétal le représentent-elles sans qu’on sache les reconnaître.

Disparition

Il disparaît d’Europe vers 28 000 ans, d’Amérique vers 13 000. Comme le smilodon, il paie sa spécialisation : un chasseur de très grands herbivores n’a plus de métier quand les très grands herbivores s’effacent.