
Portrait
Trois mètres de haut, un demi-tonne : l’Aepyornis de Madagascar est le plus lourd oiseau connu. Massif, incapable de voler, doté de pattes énormes et d’un cou épais, il évoque une autruche bâtie pour porter dix fois son poids.
Une espèce voisine, Vorombe titan, aurait dépassé les 700 kilos; bien que la validité de ce genre soit discutée depuis sa création en 2018.
Des œufs d’un litre… et plus
Ses œufs sont sa signature : jusqu’à 34 centimètres de long pour un volume de huit à dix litres (l’équivalent de cent cinquante œufs de poule, et le plus gros œuf connu de toute l’histoire de la vie, dinosaures compris.)
Des coquilles entières se ramassent encore sur les plages du sud de Madagascar, où l’érosion les dégage des dunes. Les navigateurs arabes puis européens en rapportaient comme récipients, et ces objets fabuleux ont probablement nourri la légende de l’oiseau Rokh des Mille et Une Nuits, l’oiseau capable d’emporter un éléphant, dont il a hérité le nom.
Mode de vie
Il vivait dans les forêts et les broussailles de Madagascar, se nourrissant de fruits et de feuilles. La structure de son cerveau, reconstituée en 2018 par tomographie, a réservé une surprise : ses lobes optiques étaient minuscules, presque atrophiés, comme chez le kiwi.
C’était donc un oiseau nocturne, ou du moins actif à la tombée du jour, se repérant à l’odorat plutôt qu’à la vue; un demi-tonne aveugle circulant la nuit dans la forêt malgache.
Une cohabitation plus longue qu’on ne croyait
On pensait l’homme arrivé à Madagascar il y a environ 2 500 ans, et l’extinction rapide. Une étude publiée en 2018 a repoussé la date : des os d’oiseaux-éléphants portant des traces de découpe à l’outil ont été datés de 10 500 ans.
Humains et oiseaux-éléphants auraient donc coexisté pendant près de neuf mille ans avant l’extinction. Ce qui déplace la question : ce n’est pas l’arrivée de l’homme qui tue, mais un changement dans sa manière de vivre (sédentarisation, élevage, défrichement) survenu bien plus tard.
Son plus proche parent vivant
La génétique a livré, en 2014, un résultat contre-intuitif. Le plus proche parent vivant de l’oiseau-éléphant n’est ni l’autruche africaine, pourtant voisine géographiquement, ni l’émeu australien : c’est le kiwi de Nouvelle-Zélande, un oiseau nocturne de deux kilos.
Ce résultat a fait tomber l’idée que les grands oiseaux coureurs de l’hémisphère sud auraient été séparés par la dérive des continents. Leurs ancêtres volaient, et ils ont colonisé chaque terre par les airs avant d’y perdre l’usage des ailes, chacun de son côté. La cécité relative de l’Aepyornis, partagée avec le kiwi, s’éclaire du même coup : les deux descendent d’un ancêtre nocturne.
Disparition
Les derniers disparaissent vers l’an 1000, avec l’essentiel de la mégafaune malgache : lémuriens géants, hippopotames nains, tortues géantes. Le prélèvement des œufs, en particulier, a pu suffire : détruire la ponte d’un oiseau qui se reproduit lentement est le moyen le plus sûr de faire disparaître l’espèce sans jamais tuer un adulte.
