Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Peter Maas, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Sous-espèce européenne de la hyène tachetée, la hyène des cavernes était plus grande et plus robuste que sa cousine africaine : un mètre au garrot, jusqu’à cent kilos. Même silhouette caractéristique (avant-main puissante, arrière-train fuyant) et même robe mouchetée.

Sa tête portait la mâchoire la plus puissante de la faune européenne du Pléistocène, capable de broyer un fémur de cheval pour en extraire la moelle.

Chasseuse autant que charognarde

La réputation de pilleuse de charognes lui colle à la peau et lui rend mal justice. Chez les hyènes tachetées actuelles, la majorité de la nourriture provient de proies tuées par elles, en groupe. Les isotopes des fossiles européens racontent la même chose : chevaux, rennes, jeunes rhinocéros, bisons.

Sa spécialité reste toutefois l’os. Son estomac, extrêmement acide, digère la matière osseuse et la kératine : d’où des excréments blancs, riches en calcium, que les archéologues retrouvent fossilisés sous le nom de coprolithes.

Ce que ses tanières ont conservé

Elle occupait les grottes et y traînait ses proies, accumulant sur des millénaires des amas d’ossements rongés. Ces « repaires de hyènes » sont un piège classique de l’archéologie : longtemps, on a pris pour des campements humains des accumulations d’os entièrement dues à elles.

Les distinguer est devenu une discipline à part entière, la taphonomie. Les traces de crocs, les extrémités d’os rongées en cône, les esquilles digérées et les coprolithes signent la hyène; les stries de découpe et les fractures en spirale sur os frais signent l’humain.

Crâne fossile.
Crâne fossile. PierreSelim, CC BY 3.0 (Wikimedia Commons)

Une société de femelles

Chez la hyène tachetée, le clan est dirigé par les femelles, et la plus modeste d’entre elles domine le plus grand des mâles. Les femelles sont plus lourdes, plus agressives, et portent un appareil génital externe si semblable à celui du mâle qu’il a longtemps fait croire à l’hermaphrodisme de l’espèce; une croyance qui traverse toute l’Antiquité et le Moyen Âge.

Rien ne dit que la hyène des cavernes fonctionnait autrement : c’est la même espèce, et cette organisation est ancienne. Les tanières fossiles, avec leurs restes de jeunes d’âges variés, évoquent bien des groupes structurés plutôt que des individus isolés.

Dans le monde des premiers humains

Hommes et hyènes se sont disputé les mêmes abris pendant des centaines de milliers d’années, alternant dans les mêmes cavités selon les saisons et les époques. Certaines couches livrent des os humains rongés par elles : la concurrence n’était pas seulement immobilière.

Elle apparaît dans l’art, rarement : la grotte Chauvet en présente une, reconnaissable à son dos incliné et à son pelage tacheté, l’une des très rares représentations de cet animal.

Disparition

Elle s’efface d’Europe entre 30 000 et 12 000 ans selon les régions, avec le gibier des steppes dont elle vivait et sous la pression conjuguée du froid extrême, puis du reboisement.

L’espèce, elle, n’a pas disparu : la hyène tachetée prospère toujours en Afrique subsaharienne. Ce qui s’est éteint, c’est sa population européenne : la même histoire que celle du lion des cavernes, à ceci près que le lion, lui, formait bien une espèce distincte.