Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Riku64, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Le plus grand ours qui ait foulé l’Amérique du Nord, et l’un des plus grands carnivores terrestres de tous les temps : jusqu’à 1,70 mètre au garrot à quatre pattes, plus de trois mètres dressé, et jusqu’à neuf cents kilos pour les plus gros mâles.

Son nom vient de son museau, court et large, qui lui donnait une face presque féline. Ses membres étaient longs et graciles pour un ours; d’où la silhouette haute sur pattes qui frappe dans les reconstitutions.

Coureur ou pas coureur ?

Cette morphologie a longtemps fait rêver : on l’a décrit comme un prédateur véloce, capable de courir à 60 km/h et de terrasser un bison. Puis on a regardé les proportions de plus près.

Ses membres sont longs mais pas plus proportionnés à la course que ceux d’un ours brun; ses articulations ne sont pas verrouillées pour le sprint. Sa taille et ses jambes s’expliquent plus simplement : marcher loin en dépensant peu, ce qui est exactement ce dont a besoin un charognard prospectant de vastes territoires.

Que mangeait-il ?

Les isotopes de l’azote donnent des valeurs très élevées : plus carnivore que l’ours brun, à coup sûr. Mais les analyses les plus récentes nuancent selon les régions et les individus, certains montrent une signature nettement végétale.

L’hypothèse dominante en fait un omnivore opportuniste de très grande taille, capable d’intimider un smilodon sur une carcasse et de rafler la mise. Dans une Amérique peuplée de proies immenses et de prédateurs qui les tuaient, être assez gros pour voler la nourriture des autres est une stratégie payante.

Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Jared, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

Ce que les grottes ont conservé

On le connaît par des centaines de restes, notamment dans les grottes de l’Ouest américain et dans les fosses de bitume de Rancho La Brea. Certaines cavernes conservent des griffades à plus de quatre mètres de hauteur; la trace d’un animal dressé, qui donne mieux que n’importe quel schéma la mesure de la bête.

D’où il venait

Malgré sa taille, l’ours à face courte n’est pas un proche parent de l’ours brun ou de l’ours polaire. Il appartient aux tremarctinés, une sous-famille américaine dont le seul survivant est l’ours à lunettes des Andes : un animal de cent kilos, largement frugivore, qui grimpe aux arbres.

Autrement dit, le plus grand carnivore d’Amérique du Nord et un petit ours forestier d’Amérique du Sud sont cousins germains, tandis que l’ours brun qui lui ressemble tant n’est qu’un lointain parent. C’est un bon rappel : chez les ours comme ailleurs, la silhouette suit le métier, pas la généalogie.

Disparition

Il s’éteint vers 11 000 ans, dans la même vague que le smilodon, le mammouth de Colomb et le paresseux géant. La compétition avec l’ours brun, arrivé d’Asie par la Béringie, a pu peser : deux ours omnivores sur le même territoire, dont l’un a besoin d’énormément de nourriture pour tenir ses neuf cents kilos.

Quand la mégafaune s’effondre et que les carcasses se raréfient, la très grande taille cesse d’être un avantage et devient une charge.