Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Ryan Schwark, CC0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Un corps de chameau, un cou de girafe court, des pattes de rhinocéros et, sur le crâne, des narines percées au sommet de la tête, entre les yeux. La macrauchenia est l’animal qui a le plus embarrassé les naturalistes du XIXe siècle.

Elle mesurait 1,80 mètre au garrot pour trois mètres de long et une tonne environ. Ses pieds portaient trois doigts, comme ceux d’un rhinocéros.

Une trompe ou pas ?

La position des narines a fait couler beaucoup d’encre. La reconstitution classique lui donne une petite trompe, sur le modèle du tapir ou de la saïga. C’est possible mais non démontré : les insertions musculaires du museau ne sont pas aussi marquées qu’on l’attendrait pour un appendice mobile.

D’autres explications ont été proposées; un dispositif de refroidissement de l’air, ou une adaptation à un milieu poussiéreux. À vrai dire, personne ne sait ce que faisait ce nez, et c’est ce qui rend l’animal fascinant : un fossile complet, et une question ouverte.

Mode de vie

Brouteuse des plaines de Patagonie et du sud du continent, elle mêlait herbes et feuillages selon les isotopes; un régime souple, contrairement à beaucoup de ses contemporains. Ses membres, ni très longs ni très trapus, décrivent une coureuse moyenne, capable d’accélérations et de changements de direction.

Illustration ancienne.
Illustration ancienne. Gloria Nelly, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

L’énigme résolue par les protéines

À quel groupe appartenait-elle ? Darwin lui-même l’avait rapportée en Angleterre sans conclure, et le débat a duré 180 ans. On l’a rapprochée des chameaux, des chevaux, des éléphants.

La réponse est venue en 2015 du collagène, puis en 2017 d’un ADN mitochondrial extrait d’une grotte chilienne. La macrauchenia appartient aux litopternes, un ordre de mammifères sud-américains sans descendance, dont la lignée s’est séparée de celle des périssodactyles (chevaux, rhinocéros, tapirs) il y a environ 66 millions d’années, à la limite Crétacé-Tertiaire.

Autrement dit, ce n’était rien de connu : un groupe entier de mammifères, isolé pendant l’essentiel de l’histoire de l’Amérique du Sud, dont il ne reste plus rien.

Le grand échange américain

Son histoire est celle d’un continent. Pendant plus de soixante millions d’années, l’Amérique du Sud est une île géante, peuplée de mammifères qu’on ne trouve nulle part ailleurs : litopternes, notongulés, paresseux terrestres, marsupiaux carnivores.

Il y a environ trois millions d’années, l’isthme de Panama se referme et ouvre un pont. C’est le grand échange interaméricain : les félins, les ours, les chevaux, les cerfs descendent vers le sud; les tatous, les opossums et les paresseux remontent vers le nord. Les formes locales encaissent mal la concurrence. La macrauchenia est l’une des dernières survivantes de cette faune d’avant le pont.

Dans le monde des premiers humains

Elle figure parmi les proies des premiers Sud-Américains : des restes portant des traces de découpe ont été trouvés dans plusieurs sites de Patagonie et du Venezuela, associés à des pointes de pierre.

Disparition

Vers 11 000 ans, avec le reste de la mégafaune du continent. Sa souplesse alimentaire n’a pas suffi : sur un continent où l’humain arrive tard et vite, la taille est le principal facteur de risque.