Reconstitution artistique.
Reconstitution artistique. Heinrich Harder, domaine public (Wikimedia Commons)

Portrait

Le plus grand félin d’Europe : jusqu’à 1,2 mètre au garrot et trois cents kilos, soit un quart de plus qu’un lion d’Afrique actuel. Son corps était allongé, ses pattes hautes, son crâne long, une silhouette de coureur plutôt que de lutteur.

Son nom trompe : il ne vivait pas dans les grottes. Il y entrait pour mettre bas ou pour y suivre une proie, et c’est pour cela que ses os s’y retrouvent.

Un lion sans crinière

Les artistes du Paléolithique l’ont dessiné des dizaines de fois, et tous s’accordent : pas de crinière. Les mâles de Chauvet ont le cou nu, avec tout au plus un léger collier de poils. Certaines figures montrent en revanche une queue à floquet sombre et des rayures faciales discrètes.

Deux lionceaux congelés retrouvés en Iakoutie, Ouyan et Sparte : cette dernière datée d’environ 28 000 ans et conservée avec ses moustaches, ses griffes et son pelage, ont confirmé les artistes : une fourrure épaisse, claire, sans crinière visible.

Mode de vie

Il chassait les grands herbivores de la steppe : rennes, chevaux, jeunes bisons, bouquetins. Les isotopes suggèrent, chez certains individus, une préférence marquée pour le renne et le jeune ours des cavernes; cette dernière proie expliquant sa présence au fond des cavités, où il venait surprendre les hivernants.

Vivait-il en groupe ? L’art pariétal montre des individus alignés, parfois une dizaine à la file dans le grand panneau de Chauvet, ce qui a été lu comme une scène de chasse collective. La question reste ouverte : ces alignements peuvent aussi être une convention graphique.

Crâne fossile.
Crâne fossile. Didier Descouens, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Ce que la génétique a montré

Longtemps considéré comme une sous-espèce du lion actuel, il en est aujourd’hui séparé au rang d’espèce : Panthera spelaea. Les génomes indiquent une divergence d’avec le lion africain il y a environ 500 000 ans, sans aucun croisement ultérieur; deux lignées qui n’ont plus jamais échangé de gènes.

Une population américaine apparentée, Panthera atrox, a divergé plus tard, après le passage du détroit de Béring.

Dans le monde des premiers humains

Aucun animal n’a été représenté avec plus d’attention. À Chauvet, le panneau des Lions réunit une harde entière, museaux tendus, dans une composition qui rend le mouvement et la concentration de la chasse. La statuette de l’Homme-lion de Hohlenstein-Stadel, taillée dans l’ivoire il y a près de 40 000 ans, associe son corps à une tête de félin : c’est l’une des plus anciennes figures composites de l’humanité.

À Vogelherd, à Isturitz, ailleurs encore, on a retrouvé des phalanges portant des traces de dépeçage : on prélevait les peaux, griffes comprises.

Son cousin d’Amérique

Une lignée passée en Amérique par la Béringie a donné Panthera atrox, le lion américain : plus grand encore, jusqu’à quatre cents kilos, connu par des centaines d’individus piégés dans les fosses de bitume de Rancho La Brea, à Los Angeles.

Les deux espèces se sont séparées il y a environ 165 000 ans et n’ont plus échangé de gènes : la glace du détroit avait refermé le passage derrière elles.

Disparition

Il s’éteint vers 13 000 ans, en même temps que la faune dont il dépendait. Quand le renne remonte vers le nord et que le bison des steppes s’efface, le prédateur suit, sans jamais s’adapter aux forêts qui gagnent l’Europe.