Ours brun
Ours brun Charles J. Sharp, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

L’ours brun est un plantigrade de 100 à 400 kilos selon les populations, omnivore à dominante végétale : baies, racines, insectes, poissons, charognes, et de la viande à l’occasion. Il n’a rien du carnivore obligé qu’on imagine.

Il ne faut pas le confondre avec l’ours des cavernes, espèce distincte, plus massive et presque exclusivement végétarienne, éteinte il y a environ 24 000 ans. Les deux ont coexisté en Europe pendant des dizaines de milliers d’années, et l’ours brun a survécu quand l’autre a disparu.

Deux ours, deux crânes

On les distingue au front : bombé, avec un décrochement marqué à la base du museau chez l’ours des cavernes; fuyant et régulier chez l’ours brun. Les dents tranchent aussi; les molaires de l’ours des cavernes sont larges et bosselées, faites pour broyer des végétaux coriaces.

Ours brun
Ours brun Robert F. Tobler, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Un voisin encombrant

Comme le léopard, il occupe les grottes, pour l’hivernage. Beaucoup de cavités livrent des couches alternées d’occupation humaine et de fréquentation ursine, et les griffades sur les parois, souvent confondues avec des tracés humains, sont l’une des difficultés classiques de l’étude des grottes ornées.

La cohabitation n’était pas symétrique : l’ours occupe la cavité l’hiver, l’homme plutôt à la belle saison. Un partage dans le temps qui a dû se négocier plus d’une fois.

Chassé pour la peau et pour les griffes

Les restes portent des traces de découpe concentrées sur les extrémités et le crâne, signe de dépouillement. Ses canines et griffes percées apparaissent en pendentifs sur de nombreux sites, du Paléolithique supérieur au Néolithique.

La différence avec le renard est parlante : une dent de renard vaut par le nombre, une canine d’ours vaut par elle-même. Elle est grosse, reconnaissable, et suppose d’avoir affronté l’animal; c’est un objet qui dit quelque chose de celui qui le porte.

L’ours dans l’art

Il est figuré, sans jamais dominer. On le rencontre gravé aux Combarelles, peint à Chauvet, et modelé à Montespan, en Haute-Garonne, où une masse d’argile d’un mètre de long représente un corps d’ours sans tête, criblé d’impacts. On a supposé qu’une tête d’ours véritable y était fichée, hypothèse séduisante et invérifiable.

Le « culte de l’ours » : une idée qui a la vie dure

Au début du XXᵉ siècle, l’accumulation de crânes d’ours dans certaines grottes alpines a fait naître la théorie d’un culte préhistorique, reprise dans quantité d’ouvrages et de romans. Les réexamens taphonomiques ont montré depuis que ces dispositions résultent le plus souvent de processus naturels : les ours meurent en hivernage, les crânes roulent et s’accumulent dans les points bas.

C’est un cas d’école de la discipline. Un motif frappant a été pris pour une intention, et il a fallu des décennies pour démonter l’interprétation. Le doute qu’on applique aujourd’hui aux comportements symboliques néandertaliens vient en droite ligne de cette leçon.