
Portrait
Le sanglier est un suidé trapu de 60 à 150 kilos, au corps en coin, aux épaules puissantes et à la tête prolongée par un groin cartilagineux capable de retourner un sol compact. Les mâles portent des canines à croissance continue, les défenses, aiguisées par frottement mutuel.
C’est un omnivore intégral : glands, tubercules, vers, œufs, charognes. Cette plasticité alimentaire explique son extraordinaire succès; il occupe aujourd’hui l’Eurasie entière et prospère jusqu’aux abords des villes.
Un animal de forêt
Il lui faut du couvert, de l’eau pour se souiller et de la nourriture au sol. Ces exigences le rendent rare pendant les phases froides et abondant dès que la forêt revient : comme le cerf, il est un marqueur de climat tempéré.
Le gibier du Mésolithique
Après la dernière glaciation, quand la forêt gagne l’Europe, le sanglier devient avec le cerf et le chevreuil la base de la chasse. Les gisements mésolithiques en livrent des quantités considérables. Sa capture n’a rien d’anodin : un solitaire acculé charge, et les pathologies osseuses de plusieurs squelettes humains de cette période portent la marque d’accidents de chasse.
Le premier animal figuré ?
La plus vieille figuration animale connue au monde est un suidé. Sur l’île de Sulawesi, en Indonésie, une peinture représentant un cochon verruqueux a été datée par uranium-thorium à au moins 45 500 ans. C’est aujourd’hui la plus ancienne image figurative attribuée à notre espèce.
Ce résultat a déplacé le centre de gravité d’un débat longtemps européen : l’art figuratif n’est pas né dans les grottes du Sud-Ouest, il apparaît à peu près en même temps aux deux extrémités du monde habité, ce qui suggère une capacité arrivée avec sapiens, et non une invention locale.
En Europe
Il est plus discret dans l’art paléolithique européen, où les herbivores de steppe dominent. On lui attribue quelques figures, dont la plus commentée est à Altamira, sur le célèbre plafond aux bisons. Sa rareté relative s’explique sans doute par le climat : quand ces parois ont été peintes, la forêt, et donc le sanglier, avait reculé loin vers le sud.
Et l’ancêtre du cochon
C’est de lui que vient le porc domestique, domestiqué indépendamment au Proche-Orient et en Chine au Néolithique. La distinction entre sanglier chassé et cochon élevé se lit sur la taille des dents, la robustesse des os et, désormais, sur l’ADN; l’un des dossiers où l’archéozoologie et la génétique se corrigent mutuellement depuis vingt ans.
Ce que ses dents révèlent
Chez le sanglier, l’usure dentaire et l’éruption des molaires permettent d’estimer l’âge d’abattage à quelques mois près. Appliqué à un gisement entier, ce calcul donne un profil de mortalité, et ce profil raconte une stratégie.
Une majorité de jeunes indique des captures opportunistes autour des groupes de laies; une majorité d’adultes en pleine force signale au contraire une chasse sélective, plus risquée mais bien plus rentable. Sur plusieurs sites mésolithiques, c’est le second profil qui domine.






