Renard polaire
Renard polaire dvs from Vermont, USA, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

Le renard polaire est un petit canidé de trois à cinq kilos, aux oreilles courtes, au museau ramassé et aux pattes velues jusque sous les coussinets. Chaque détail de sa silhouette obéit à la même logique : réduire les surfaces d’échange avec un air à moins cinquante degrés.

Sa fourrure d’hiver est la plus isolante de tout le règne animal : meilleure que celle de l’ours polaire, et il change de livrée deux fois par an : blanche l’hiver, brun-gris l’été. Certaines populations côtières restent gris-bleu toute l’année.

Vivre de restes

Il chasse lemmings et oiseaux, mais vit largement de charognage, suivant l’ours polaire ou le loup pour récupérer ce qu’ils abandonnent. Il enterre ses surplus dans le pergélisol, qui les conserve comme un congélateur naturel.

Renard polaire
Renard polaire BLM Alaska, domaine public (Wikimedia Commons)

L’un des animaux les plus fréquents des gisements

Dans les couches froides du Paléolithique supérieur européen, le renard polaire est partout : c’est, en nombre de restes, l’un des mammifères les mieux représentés de sites entiers du Bassin parisien, de Belgique ou d’Europe centrale. Il descendait alors jusqu’au sud de la France.

Mais sa présence n’est pas celle d’un gibier ordinaire, et l’archéozoologie l’a démontré d’une manière élégante.

Ce que révèle le squelette

Sur beaucoup de ces sites, les os retrouvés ne sont pas ceux qu’on attendrait d’un animal mangé. Ce sont massivement des extrémités de pattes et des phalanges, avec peu de côtes ou de vertèbres, et les traces de découpe se concentrent autour des articulations et du museau, non sur les parties charnues.

Ce profil signe le dépouillement : on tue, on écorche, on emporte la peau, et les pattes restent attachées à la fourrure, comme sur une peau tannée moderne. Le renard polaire n’était pas d’abord de la viande. Il était du vêtement.

C’est l’un des rares moyens d’aborder de front une question presque invisible en archéologie : comment s’habillait-on ? Faute d’aiguilles avant le Paléolithique supérieur et de textiles conservés, ce sont les os de petits carnivores qui répondent.

Une fourrure et des parures

Ses canines percées se retrouvent en pendentifs, seules ou par dizaines, dans plusieurs sépultures et campements. Une dent de renard n’est pas un trophée de force comme une canine de lion : sa valeur tient à la répétition, à l’assemblage, au collier, et sans doute à ce que la fourrure blanche signifiait pour ceux qui la portaient.

Un indicateur de saison

La mue est un calendrier. Un renard tué en hiver donne une peau blanche et dense; en été, une fourrure courte et bicolore, sans valeur. Quand un site livre presque exclusivement des restes de dépouillement, on peut donc supposer une occupation en saison froide : recoupement précieux avec ce que disent, par ailleurs, les dents de renne ou les migrations d’oiseaux.