
Portrait
Le loup gris du Pléistocène ressemblait à celui d’aujourd’hui, en un peu plus robuste : 70 à 90 centimètres au garrot, 30 à 60 kilos, des mâchoires puissantes et une endurance à toute épreuve. Les populations glaciaires avaient des crânes plus larges et des dents plus fortes; la « morphologie de la mégafaune », adaptée à des proies plus grosses et à des carcasses gelées.
Mode de vie
Il vit en meute, sur un territoire qu’il parcourt inlassablement, plusieurs dizaines de kilomètres par jour. La meute est une famille : un couple reproducteur et ses jeunes des deux ou trois dernières portées. La hiérarchie de « mâle alpha » qu’on lui prête vient d’observations faites sur des loups captifs et sans lien de parenté; dans la nature, ce sont simplement des parents et leurs enfants.
Sa chasse est une affaire d’usure et de sélection : on isole un animal affaibli, jeune ou vieux, et on le suit. Le taux d’échec est élevé, souvent plus de huit tentatives sur dix.

L’ancêtre du chien
Le loup est le seul grand carnivore que l’humanité soit parvenue à domestiquer, et il l’a été bien avant l’agriculture : les datations situent la domestication entre 30 000 et 15 000 ans, en pleine période glaciaire, par des chasseurs-cueilleurs.
Les génomes récents ont livré une surprise : les chiens descendent d’une population de loups aujourd’hui disparue, et non des loups actuels. Et ils portent une double ascendance, orientale et occidentale, ce qui suggère soit deux domestications, soit une seule suivie de croisements.
Le scénario le plus discuté n’est pas celui de l’apprivoisement volontaire mais de l’auto-domestication : les loups les moins craintifs se seraient rapprochés des campements pour les déchets, et la sélection aurait fait le reste (la docilité entraînant avec elle, comme chez le renard argenté de l’expérience russe, les oreilles tombantes, la robe tachetée et la queue en panache.)
Les loups de l’âge glaciaire
La Béringie abritait un écotype particulier, aujourd’hui disparu : un loup au crâne massif et aux dents épaisses, spécialisé dans les très grandes proies et la consommation d’os. Il n’a laissé aucune descendance chez les loups actuels; c’est une lignée éteinte, comme le sont beaucoup de populations glaciaires.
Il ne faut pas le confondre avec le loup géant d’Amérique, Aenocyon dirus, dont le génome a réservé en 2021 une surprise de taille : malgré une ressemblance frappante, il n’est pas un loup. Sa lignée s’est séparée de celle des loups et des chiens il y a près de six millions d’années, et les deux ne se sont jamais croisées, bien qu’ayant partagé l’Amérique du Nord pendant des dizaines de milliers d’années. C’est un cas d’école de convergence : deux animaux devenus semblables parce qu’ils faisaient le même métier.
Dans le monde des premiers humains
Il est très peu représenté dans l’art pariétal, quelques figures ambiguës, à peine. Mais il est là dans les sépultures : à Oberkassel, en Allemagne, un chiot de sept mois a été enterré vers 14 000 ans avec un homme et une femme. Ses dents montrent qu’il avait survécu à une maladie grave, qui exigeait des soins : quelqu’un l’avait nourri et abrité pendant des semaines.
C’est la plus ancienne preuve connue d’un attachement affectif entre un humain et un animal.
Aujourd’hui
Éradiqué de la majeure partie de l’Europe occidentale au XIXe siècle : le dernier loup français est tué dans les années 1930, il est revenu naturellement par l’Italie à partir de 1992, et occupe aujourd’hui une bonne part du territoire.






