
Portrait
Le léopard est le plus discret des grands félins : 30 à 90 kilos, un corps allongé, des pattes courtes et puissantes, une robe tachetée de rosettes qui le rend presque invisible dès qu’il ne bouge plus. C’est aussi le plus adaptable; il occupe aujourd’hui encore la forêt tropicale comme le désert et la haute montagne.
Sa signature est la force au regard du gabarit : il hisse des proies plus lourdes que lui dans les arbres ou sur des vires rocheuses, pour les soustraire aux hyènes et aux lions.
Un félin européen
Pendant le Pléistocène, il occupait toute l’Europe méridionale et centrale, jusqu’en Allemagne et en Europe de l’Est. Ses restes apparaissent régulièrement dans les remplissages de grottes; souvent en compagnie de ceux de l’ours des cavernes, de la hyène et du lion des cavernes.
Il disparaît d’Europe occidentale à la fin du Pléistocène, sans que l’on sache faire la part du climat, du recul de ses proies et de la concurrence humaine pour les abris.
Un concurrent direct pour les grottes
C’est là que son dossier devient intéressant. Léopards et humains recherchaient les mêmes lieux : porches secs, cavités faciles à défendre. Beaucoup de grottes conservent l’alternance : un niveau d’occupation humaine, un niveau de tanière, et ainsi de suite sur des millénaires.
Les traces le disent crûment : sur certains os, les stries de silex et les morsures de carnivore se superposent, et l’ordre des marques indique qui est passé le premier. La grotte n’était pas une maison, c’était un abri disputé.
La panthère de Chauvet
L’art paléolithique européen figure très peu les félins tachetés. La grotte Chauvet fait exception avec une figure célèbre, dessinée au trait et couverte de ponctuations qui rendent la robe mouchetée; l’une des rares représentations de l’animal, et l’un des sommets de l’observation naturaliste paléolithique.
Chauvet se distingue d’ailleurs par son bestiaire : lions, ours, rhinocéros, mammouths y dominent, là où Lascaux ou Altamira privilégient les herbivores chassés. Deux grottes, deux répertoires; preuve que l’art pariétal ne se réduit pas à un inventaire du garde-manger.
Ce qu’en faisaient les hommes
Les restes de léopard portant des traces anthropiques restent rares, mais quelques griffes et phalanges découpées suggèrent le prélèvement de la peau, griffes attachées; le même geste que pour le renard polaire, sur un animal autrement plus prestigieux. Porter une peau de léopard n’est jamais un acte purement pratique.






